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August 17 Guerre psychologiqueAlors que les américains annoncent le vol Apollo 8, les soviétiques considèrent que ce vol n’a pas la moindre chance de succès, il est beaucoup trop dangereux… Leurs arguments : il n’y a eu que deux vols de la Saturn V, les américains n’ont jamais envoyé d’équipage à la vitesse requise pour échapper à l’attraction gravitationnelle de la Terre… August 09 Une nouvelle perspective« Nous avons fait tout ce chemin pour explorer la Lune et finalement, la chose la plus importante, c’est que nous avons découvert la Terre » William Anders August 06 La chasse aux papillonsNous sommes environ à 18 heures du début de la mission (18 heures MET, c'est-à-dire à partir du lancement. MET = Mission Elapsed Time) lorsque le commandant Frank Borman atteint par le mal de l’espace est pris de nausées et se met à vomir. Bien que William Anders lui ait tendu un sac en plastique des « résidus » s’échappent et flottent dans le vaisseau spatial… peu après il a la diarrhée… James Lovell et William Anders ont passé un petit moment à rattraper des particules de vomi et de matières fécales avec des serviettes en papier. Anders dira plus tard : « C’était un peu comme aller à la chasse aux papillons » August 02 Oups !Alors que les astronautes sont en orbite autour de la Terre, avant le « Go for TLI », Jim Lovell, qui s’est glissé sous les couchettes pour ajuster une valve, accroche l’anneau qui déclenche le gonflage du gilet de sauvetage fixé sur sa combinaison. A la vue de son coéquipier et de sa « bouée » jaune, Frank Borman, le commandant de la mission, lui jettera un regard désabusé que Lovell n’oubliera jamais. Afin de ne pas surcharger le système de recyclage de l’air, en CO2, (le gonflage est assuré par une cartouche de CO2) le gilet de sauvetage sera dégonflé en faisant sortir le gaz par le dispositif qui sert à évacuer l’urine dans l’espace. August 01 Nous n'irons pas Acapulco !Au début de l’été 1968, James Lovell avait fait une promesse à sa femme ; toute la famille irait passer une semaine à Acapulco entre Noël et le Jour de l’An.
Ce 12 août, lorsque Jim Lovell rentre à la maison, Marilyn remarque que le visage de son mari a une expression particulière, lorsqu’elle lui demande ce qui ne va pas, ce dernier la prend par le bras et l’emmène dans son bureau, il ferme la porte et dit : « Je suis désolé de te dire ça, mais nous ne passerons pas Noël à Acapulco ».
Ne pouvant cacher sa déception elle s'exclame: « Comment ça nous n’allons pas à Acapulco ? Tu sera où si tu n’es pas avec la famille pour Noël ?
Marilyn Lovell se rappellera toujours le visage radieux de son mari lorsqu’il lui dit : « Tu me crois si je te dis la Lune ? »
Un cadeau de Noël très spécial !Jim Lovell avait emmené sa femme Marilyn et ses enfants Barbara, James, Susan et Jeffrey au Cap pour qu’ils assistent au lancement, bien conscient du caractère hautement historique de cette mission. La veille de son départ, seul avec sa femme, il lui offre un petit cadeau. Il s’agit d’une photo noir et blanc prise par une sonde lunaire.
« Qu’est ce que c’est ? » demande t-elle.
« Je voulais juste que tu voies la montagne qui porte ton nom » Jim Lovell lui montre alors une structure montagneuse en forme de triangle qui se détache nettement de la surface plus foncée de la Mer de la Tranquillité. Il précise que c’est un point de repère qui sera utilisé par les astronautes de la première mission sur la Lune pour se diriger vers le site d'atterrissage. « J’ai appelé cette montagne le Mont Marilyn, toutefois le nom ne sera pas officiel car il faudrait qu’il soit approuvé par l’Union Astronomique Internationale… »
Marilyn s’en fichait, c’était le plus beau cadeau de Noël qu’elle n’avait jamais reçu !
(NdT : Lors de leur première révolution autour de la Lune les astronautes d’Apollo 11 ont pointé une caméra vers la surface, Armstrong décrit ce qu’ils voient, à un moment il dira : « Nous passons au-dessus du Mont Marilyn » ) July 28 Un réveillon exceptionnel !Alors que les astronautes sont en orbite autour de la Lune Jim Lovell fait la remarque suivante : « Eh les gars, vous auriez pensé un jour que vous passeriez un réveillon de Noël en orbite autour de la Lune ?
Ce à quoi Anders répond : « J’espère qu'on n’y passera pas le réveillon du nouvel an »
(En effet, si Apollo 8 avait toujours été en orbite lunaire le 31 décembre, cela aurait signifié que le moteur pour les injecter sur une trajectoire vers la Terre n’a pas fonctionné et que l’équipage est condamné. Les astronautes seraient morts asphyxiés après épuisement des réserves d’oxygène). Quel humour ce William Anders ! L'océan cosmique !Alors que les astronautes quittent l’attraction gravitationnelle de la Terre le CapCom Jerry Carr demande aux astronautes ce qu’ils voient. Anders répond : « Rien du tout, on se croirait dans un sous-marin » July 26 "Joyeux anniversaire maman"Alors qu’il a douze ans, le père de James Lovell meurt dans un accident de voiture, Blanch Lovell élèvera son fils unique toute seule avec peu de moyens…
Le dimanche 22 décembre 1968, l’équipage d’Apollo 8 donne sa première conférence de presse, les trois astronautes, Franck Borman, James Lovell, William Anders sont à quelques 222 000 kilomètres de la Terre. La retransmission ne dure qu’une quinzaine de minutes, les derniers mots seront prononcés par James Lovell : « Joyeux anniversaire maman ! ». Il savait bien évidemment que sa mère était devant la télé, très émue et très fière elle dira un peu plus tard : « Je n’en reviens pas, ils avaient tellement de choses à faire dans l’espace et lui a pensé à l’anniversaire de sa mère. » (Peu avant Apollo XIII, Blanch Lovell sera victime d’une attaque d’apoplexie, son état ne lui permettra pas de se rendre compte de la situation dramatique dans laquelle se trouve son fils…) Qui conduit le vaisseau spatial ?Alors que les astronautes d’Apollo 8 sont sur la trajectoire de retour vers la Terre, en ce jour de Noël 1968, le CapCom retransmet aux astronautes une question du petit garçon d’un des contrôleurs de vol qui veut savoir lequel d’entre eux « conduit » le vaisseau spatial actuellement. William Anders répond : « Je pense que c’est Issac Newton qui est aux commandes en ce moment. » Le Père Noël existe !Comme pour l’insertion en orbite lunaire, LOI (Lunar Orbit Insertion), les astronautes d’Apollo 8 doivent effectuer l’allumage du SPS (Service propulsion System) pour l’injection sur une trajectoire qui les ramènera vers la Terre, TEI (Trans Earth Injection) alors que le vaisseau spatial se trouve derrière la lune. Le centre de contrôle de Houston ne peut rien faire, si ce n'est attendre avec impatience et anxiété le rétablissement des communications avec le vaisseau spatial. Nous sommes le 25 décembre 1968 vers 1 heure du matin. La tension est à son comble, car si le moteur ne s’allume pas les astronautes resteront en orbite autour de la lune… Soudain, 40 minutes après la perte de tout faisceau de communication « loss of signal », Jim Lovell brise un silence de plomb et pour annoncer le succès de la manœuvre dit : «Houston, Apollo 8, sachez que le Père Noël existe ! » (“Houston, Apollo 8, please be informed there is a Santa Claus”). Mission Control laisse éclater sa joie et son soulagement. Ken Mattingly, le CapCom, leur répond : « Vous êtes mieux placés que nous pour affirmer ça ! »
Cette petite phrase de Lovell fait référence à un célébrissime éditorial paru dans le New York Sun le 21 septembre 1897. Le rédacteur en chef avait reçu une lettre d’une fillette de 8 ans, Virginia O’Hanlon : « Cher Rédacteur en chef, j’ai 8 ans. Certains de mes amis prétendent que le Père Noël n’existe pas. Papa m’a dit que ce qu’on lit dans "Le Sun", c’est la vérité. Alors dites moi la vérité, est ce que le Père Noël existe ? L’éditorial de Francis Pharcellus Church est resté dans toutes les mémoires et est l’un, si ce n’est le plus célèbre éditorial jamais paru aux Etats-Unis. « Oui Virginie, le Père Noël existe. Virginie, tes amis sont dans l’erreur. Ils sont affectés par le scepticisme d’une ère dominée par les sceptiques. Ils ne croient que ce qu’ils voient. Ils pensent que rien ne peut exister au-delà de la capacité de compréhension de leurs petits esprits. Tous les esprits, que ce soit ceux des adultes ou des enfants sont limités. Dans notre immense univers, l’homme n’est rien de plus qu’un insecte, avec le cerveau d’une fourmi si on le compare avec l’intelligence qu’il faudrait avoir pour comprendre l’univers infini qui nous entoure. Oui Virginie, le Père Noël existe. Il existe aussi surement qu’existe l’amour, la générosité et la dévotion, et tu sais bien que ces vertus sont nos raisons de vivre. Comme le monde serait triste sans Père Noël, aussi triste que s’il n’y avait pas de Virginie. Il n’y aurait pas de poésie, pas d’amour pour rendre nos existences plus supportables. Il n’y aurait plus rien pour nous passionner. Cette lumière que les enfants irradient et qui illumine notre monde s’éteindrait à jamais. Comment ne pas croire au Père Noël ! Autant ne plus croire aux fées ! Tu pourrais demander à ton papa de faire surveiller toutes les cheminées le jour de Noël, pour que l’on attrape le Père Noël. Même si tu ne le vois pas, qu’est ce que cela prouve ? Personne ne voit le Père Noël, est-ce que cela signifie t-il qu’il n’existe pas ? Les choses les plus réelles ne sont pas forcément visibles par les adultes ou les enfants ! Tu as déjà vu des fées danser dans les jardins ? Bien sûr que non, mais cela ne veut pas dire qu’elles ne sont pas là ! Personne ne peut concevoir ni même imaginer toutes les choses merveilleuses qui existent dans notre monde et que personne ne pourra jamais voir ! On peut casser le hochet d’un bébé pour voir ce qui provoque le bruit à l’intérieur, mais il y a des choses que même l’homme le plus fort, ni même l’union des forces de tous les hommes qui ont vécus ne pourra jamais révéler. C’est la foi, la poésie, l’amour, qui permet de voir la beauté des choses. Est ce que tout est réel ? Il y a tellement de choses insaisissables dans ce monde. Pas de Père Nöel ! Dieu merci il existe et existera toujours. Dans mille ans, Virginie, que dis-je, dans 10 fois 10 000 ans, il continuera de rendre les enfants heureux. » Francis Pharcellus Church
West Point contre l'Academie Navale !La plupart des astronautes Mercury, Gemini et Apollo sont diplômés de West Point ou de l’Académie Navale et en gardent une grande fierté et une loyauté à toute épreuve. Lors des longues missions Apollo, le Capcom donne régulièrement aux astronautes des nouvelles de ce qui se passe sur Terre, ainsi lors de la mission Apollo 8, le Capcom Michael Collins rapporte les infos et communique les résultats sportifs… Pour taquiner un peu Jim Lovell et William Anders (Naval Academy), il rappelle les résultats d’un match inter armées qui s‘est joué des semaines auparavant et où la Navy avait perdu 14 à 21 contre l’Armée... La réaction de Lovell : « Il y a des interférences Houston, je ne vous entends pas, je vous rappelle l’année prochaine ». Toujours sur Apollo 8, Franck Borman (West Point), le commandant de la mission, n’a pas manqué de ce faire railler par ses deux compagnons qui lui faisaient de constantes allusions sur son passé de « terrien », qui sont si facilement sujets au mal de mer... Borman avait été si malade (vomissements, diarrhée) lors des premières heures de la mission, que Houston avait même envisagé d’écourter la mission de peur qu’il ne s’agisse d’une affection virale susceptible de contaminer le reste de l’équipage. ! Quelle odeur !Après avoir gonflé des boudins autour de la capsule pour la stabiliser, un des hommes grenouille des Navy Seals, à l’aide d’une clef spéciale déverrouille l’écoutille et passe la tête à l’intérieur pour la ressortir aussitôt comme s’il avait vu quelque chose d’incongru… Les astronautes d’Apollo 8 n’y prêtent pas trop attention car ils doivent sortir pour s’asseoir dans le canot pneumatique et attendre que l’hélicoptère les hélitreuille et les emmènent sur le porte avion U.S.S Yorktown.
Plus tard après, le débriefing, les examens médicaux, Franck Borman, James Lovell et William Anders vont remercier l’équipe de récupération… Les Marines sont là, dans leur uniforme, lorsque Anders reconnaît le caporal qui avait passé sa tête par l’écoutille. Il le remercie pour l’excellent travail accompli et lui dit qu’ils devaient vraiment avoir l’air sale les cheveux hirsutes et pas rasés… Sans sourcilier le caporal répond : « Ce n’était pas votre apparence physique, monsieur, c’était votre odeur » « J’avais bien remarqué une étrange odeur en sortant de la capsule, c’était de l’air frais ! » Contents d'être à la maison !A bord du porte-avion de récupération U.S.S. Yorktown, James Lovell, Apollo 8, alors capitaine dans la Navy, fait part de sa grande satisfaction d’être à nouveau en présence de marins.
« J’ai vécu pendant une semaine avec deux gars de l’Air Force, je suis bigrement content d’être à bord de ce bâtiment ! »
William Anders est lui aussi soulagé et ravi d’être là sain et sauf en plein Pacifique après une mission totalement réussie. (Les spécialistes avaient estimés à 50% seulement, la probabilité d’un succès total de la mission). Il confie en plaisantant : « Pour être honnête, j’espérais juste que nous allions amerrir… Quel que soit l’océan !».
Lovell répond en rigolant : « Et dire que c’était le navigateur ! » "Vous avez sauvé 1968"Le bureau des relations publiques ("Public Affairs Office") de la NASA reçut un nombre impressionnant de messages de félicitations après le vol Apollo 8, l’un d’eux a plus particulièrement retenu l’attention, il s’agit d’un télégramme expédié par Madame Valérie Pringle qui dit simplement : « You saved 1968 » ("Vous avez sauvé l’année 1968", en effet cette année a été marquée par les assassinats de Martin Luther King, de Robert Kennedy, les manifestations contre la guerre du Vietnam, les manifestations pour les droits civiques, des mouvements sociaux d’envergure ont lieu à l’étranger également, « Mai 68 » en France, le massacre de Tlatelolco au Mexique, l’écrasement du « Printemps de Prague » par les chars soviétiques… )
July 25 Déjeuner avec Charles LindberghLe 20 décembre, la veille du lancement, les astronautes eurent un invité surprise à déjeuner en la personne de Charles Lindbergh, accompagné de sa femme Anne. 41 ans après avoir été le premier à franchir l’Atlantique en avion, il venait, à 66 ans, rendre un hommage à ces hommes qui allaient traverser un océan autrement plus vaste et inexploré. Outre Frank Borman, Jim Lovell et Bill Anders, sont présents les astronautes Neil Armstrong, Buzz Aldrin et Fred Haise qui forment l’équipage suppléant. Lindbergh, leur héro, leur raconte comment il a rencontré Robert Goddard, il se remémore alors une conversation qu’il a eu avec ce dernier concernant un voyage dans la Lune et le coût faramineux d’une telle entreprise : « Cela couterait au moins un million de dollars » avait dit Goddard. Tous éclatèrent de rire.
Lindbergh leur demande combien de carburant allait consommer la Saturn V, un des astronautes lui répond : « 20 tonnes par seconde ». Lindbergh esquisse un sourire : « Dans les premières secondes de votre vol vous consommerez 10 fois plus de carburant que moi pendant tout le voyage ! » |
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